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| Nouveaux soupçons dans le naufrage du Bugaled Breizh | L'hebdomadaire Le Marin cite un témoin imputant le drame à un submersible britannique qui aurait été en manoeuvre avec le sous-marin nucléaire d'attaque français Le Rubis.
D'abord la portée de ce rebondissement : si le témoignage, pour l'instant anonyme, rapporté par le journal Le Marin dans sa livraison du 10 décembre 2010, était ensuite formellement accrédité puis corroboré, alors il viendrait exposer dans sa forme la plus crue le mensonge d'Etat pratiqué des deux côtés de la Manche. Aux premières loges de la déflagration, côté français : Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense de 2002 à 2007, et accessoirement ses deux successeurs. Egalement sous le souffle : le plus haut niveau commandement de la Marine nationale qui, non seulement aurait eu connaissance des faits, mais aurait menti sur la position d'un de ses sous-marins.
Maintenant, les faits allégués. Que dit le témoin cité par l'hebdomadaire Le Marin ? Deux choses :
1) Que le 15 janvier 2004, le chalutier breton Bugaled Breizh a été emporté par le fond quand le sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) britannique HMS Turbulent a croché accidentellement dans son chalut de pêche. Cette thèse n'est pas nouvelle. Elle avait déjà été suggérée les journalistes Laurent Richard et Sébastien Turay en 2007, dans leur livre-enquête : "Le Bugaled Breizh : Secrets d'Etats autour d'un naufrage" (Editions First). Cet ouvrage avait mis en évidence l'existence d'une manoeuvre britannique (Thursday Wars) la veille d'un exercice Otan (Aswex 2004) auquel devaient participer des submersibles de différentes nationalités. Le jour du drame, donc, deux SNA de la Royal Navy ont pris part à ces manoeuvres britanniques se déroulant précisément dans le secteur de pêche du bateau breton. Une équipe de télévision avait pu filmer le fax de routine informant les gardes-côtes anglais. Les auteurs du livre écrivaient aussi que le HMS Turbulent avait quitté précipitamment la manoeuvre pour rentrer à Davenport se faire réparer. Aucun élément n'est venu, à ce jour, corroborer cette allégation.
2) Qu'au moment de l'accident, le sous-marin nucléaire d'attaque français Le Rubis participait à la manoeuvre britannique avec son homologue HMS Turbulent. Si cela venait à être confirmé, il s'agirait d'un fait nouveau contredisant la version officielle française. Paris a toujours soutenu que oui, le SNA Le Rubis était bien à la mer, mais qu'il se trouvait hors-zone, naviguant dans le nord du Finistère pour rejoindre le sud de l'Angleterre où il devait participer à l'exercice de l'Otan simplement le lendemain, 16 février 2004.
Face à la gravité des faits allégués, en l'absence de documents formels pouvant les appuyer, la question de la crédibilité du nouveau témoignage devient primordiale. Avocat des familles des victimes, Christian Bergot souhaite que cette personne anonyme se fasse connaître d'un juge d'instruction. Avocat lui aussi de la famille d'un des cinq pêcheurs disparus, Dominique Tricaud considère en tous cas que la source est solide. Peut-être d'ailleurs s'agit-il d'un militaire.
Quelles nouvelles conséquences juridiques dans l'immédiat ?
Si le ministère de la Défense s'affirmait sûr de son fait, l'affaire pourrait prendre le chemin de la dénégation accompagnée d'une poursuite en diffamation. L'incapacité à produire un témoin devant un tribunal ne serait pas sans rappeler le procès de l'ancien ministre de la Défense Francois Léotard contre deux journalistes du Canard Enchaîné dans l'un des volets de l'affaire dite "Yann Piat", en 1997.
Concomitamment, sur la base de l'article de presse, rien n'exclut qu'à Nantes, les deux nouveaux juges d'instruction en charge de l'affaire souhaitent entendre, devant greffier, l'officier commandant le Rubis au moment des faits.
Le 2 juillet 2010, la Cour d'appel de Rennes avait infirmé la décision du juge d'instruction de Quimper qui souhaitait éteindre l'action judiciaire en raison de l'improbabilité d'obtenir de nouveaux éléments d'enquête. La Cour avait ordonné au contraire la poursuite des investigations considérant le bien fondé d'un expert évoquant la possible présence d'un sous-marin américain le jour du naufrage du chalutier. La même Cour avait débouté les parties civiles de leurs demandes complémentaires, au premier rang desquelles : la levée du secret militaire dans ce dossier. Avocat du patron du chalutier, Michel Kermarrec avait déposé un pourvoi. Hasard du calendrier : ce pourvoi a été examiné par la Cour de cassation le mardi 7 décembre 2010. Au regard du nouveau rebondissement, le jugement attendu revêt donc encore plus d'importance.

| | par JMP le 11/12/2010 |
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