| Les juges croient au sous-marin | Après avoir longtemps privilégié la thèse du naufrage accidentel, la justice considère désormais officiellement qu'un sous-marin qui est la cause la plus probable de la disparition du Bugaled Breizh.

"Nous arrivons à la conclusion que l'hypothèse d'un sous-marin qui se serait pris dans l'une, voire les deux fûnes du Bugaled Breizh, est l'hypothèse la plus sérieuse en l'état du dossier". Nous, ce sont Richard Foltzer et Murielle Corre, les juges d'instruction actuellement en charge du dossier. La phrase est extraite d'une note de février 2008. Le document précise aussi que "les autres hypothèses qui pourtant semblaient très probables au lendemain du naufrage sont quasiment toutes écartées." Les experts "concluent à ce que cette hypothèse du sous-marin est possible, voire probable, même pour certains très probable." C'est un véritable tournant dans l'enquête.
Chalutier de 24 mètres en acier, le Bugaled Breizh (Enfant de Bretagne), coule mystérieusement le 15 janvier 2004 dans le sud ouest de l'Angleterre. Juste le temps de lancer un "on chavire" sur la VHF. Et puis plus rien. Juste cinq morts et des familles, qui du côté de Loctudy, attendent toujours une explication sur ce naufrage. Des familles, qui depuis le début, soupçonnent un sous-marin d'avoir croché le chalut et entraîné le bateau par le fond. D'ailleurs, un sous-marins avait été aperçu en surface dans les parages peu après. De quoi alimenter encore un peu plus les doutes. Les enquêteurs, eux, dès le départ vont partir sur une autre piste. L'hypothèse d'une collision avec un autre bateau. Un scénario qui s'effondre quand, à la demande insistante des familles, la Justice finit par faire remonter l'épave. Pas de voie d'eau. Pas de traces de collisions.
De son côté, en novembre 2006, le Bureau Enquête Accident (BEA mer) remet un rapport qui privilégie la thèse d'une croche du chalut sur le fond de la mer. Comme il n'y a pas de caillou dans le secteur, l'organisme (dépendant du ministère des Transports) conclue à un... ensouillage. En clair : le chalut se serait enfoncé dans de la vase. "Lamentable !" crient les familles des victimes. La belle-soeur d'un des morts déchire sa carte d'électeur devant les caméras de télévision. Un an plus tard, en octobre 2007, l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) remet son propre rapport commandé (en août) par les juges d'instruction. L'étude bat en brèche la thèse de la croche du chalut dans le sable retenue par le BEA-Mer. De leur côté, les journalistes Laurent Richard et Sébastien Turay publie en janvier 2007 (aux éditions First) un livre très documenté où ils révèlent que plusieurs sous-marins croisaient bel et bien dans les parages du chalutier le jour du naufrage.
| | par JMP le 13/04/2008 |
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